09/08/2009

Clotilde Reiss admet avoir manifesté et rédigé un rapport

Une manipulation hors pair ?
Ou une grosse gaffe Française ?

Un Iran bien sur de lui !
Face à une France bien embarassée !

A la Une

Iran :

 Clotilde Reiss admet avoir manifesté et rédigé un rapport

Comme la Française, une centaine de personnes sont jugées à Téhéran. Paris proteste contre les conditions du procès.

Clotilde Reiss à son procès à Téhéran, samedi (Ali Rafiei/Reuters)

Ce samedi 8 août, Clotilde Reiss, universitaire française de 24 ans accusée d'avoir encouragé les émeutiers du mois de juin manifestant contre la rélection de Mahmoud Ahmadinejad, a, selon l'agence iranienne Irna, admis devant le tribunal révolutionnaire de Téhéran avoir participé et rédigé un rapport sur ces manifestations à Ispahan :

« J'ai écrit un rapport d'une page et je l'ai remis au patron de l'Institut français de recherche en Iran qui appartient au service culturel de l'ambassade de France. »

La Française, dont la comparution ce samedi a surpris sa famille comme la diplomatie française, qui l'a appris par la presse, risque cinq années de prison. Elle a demandé « pardon » :

« Les motifs de ma participation aux manifestations étaient personnels (…) mais j'accepte que c'était une erreur et je n'aurais pas dû participer à ces rassemblements. (…) Je demande pardon au pays, au peuple et au tribunal d'Iran et j'espère que je serai graciée. »

De son côté, une employée locale de l'ambassade de France en Iran, Nazak Afshar, arrêtée jeudi, a affirmé devant ce tribunal que l'ambassade avait demandé à ses employés d'accueillir les manifestants dans ses locaux en cas de problème.

Arrêtée à l'aéroport de Téhéran le 1er juillet

La jeune diplômée de Sciences-Po Lille s'est installée en Iran en février dernier après avoir décroché une bourse de l'Ifrian (Institut français de recherche en Iran). C'est à l'aéroport de Téhéran qu'elle a été arrêtée le 1er juillet alors qu'elle rentrait en France. Depuis, elle est enfermée à la prison d'Evin et l'ambassadeur de France n'a pu la rencontrer qu'une fois.

Elle a affirmé devant ses juges, toujours selon Irna, que « les gardiens et les agents chargés de mener les interrogatoires ne se sont pas mal comportés », tout en parlant d'une « certaine pression psychologique ».

Les autorités iraniennes lui reprochent d'avoir participé à des manifestations de protestation contre l'élection d'Ahmadinejad à Ispahan. Elle aurait pris des photos qu'elle a envoyées par un mail privé à un ami à Téhéran.

Le contenu, anodin, des mails envoyés par Clotilde Reiss est souligné par son comité de soutien qui a publié l'un de ces textes sur son site :

« Je vous écris de Téhéran pour vous dire que tout va bien pour moi malgré la crise politique qui touche le pays. Vous n'avez pas de raison de vous inquiéter de mon sort. Non seulement je suis prudente mais surtout les violences ne touchent que les manifestations. »

Quelques heures après l'annonce de sa comparution, la France a réagi dans un communiqué officiel :

« Après la comparution de Clotilde Reiss devant un tribunal de Téhéran, la France renouvelle sa demande de libération immédiate de la jeune universitaire, les accusations portées contre elle étant dénuées de tout fondement.

La France s'élève par ailleurs contre les conditions de cette comparution. L'Ambassade n'a pas été informée au préalable, ni autorisée à assister à cette comparution, conformément aux règles internationales de la protection consulaire. Nous déplorons aussi que Clotilde Reiss et Mme Afshar n'aient pu être assistées d'un avocat. »

Plus d'une centaine de sympathisants de l'opposition en procès

L'Iran accuse également Hossein Rassam, un employé iranien de l'ambassade de Grande-Bretagne, d'avoir remis des rapports au gouvernement britannique. Il a expliqué devant le tribunal que l'ambassade avait demandé à ses employés locaux de se rendre aux manifestations.

Londres a jugé « inacceptable » la présence de Hossein Rassam dans le box des accusés.

Ce procès des manifestants anti-Ahmadinejad, ouvert samedi 1er août, doit juger plus d'une centaine de sympathisants de l'opposition, arrêtés au mois de juin durant les manifestations.

Plusieurs d'entre eux sont passés aux aveux la semaine dernière. Mohammat Ali Abtahi, l'ancien vice-président de Khatami, a ainsi demandé pardon pour avoir participé aux manifestations et a déclaré qu'il n'y avait pas eu de fraudes lors de l'élection d'Ahmadinejad.

Selon ces « aveux », un serment de solidarité aurait été passé entre Mir Hossein Moussavi, Mohammad Khatami et l'ancien président Akbar Hachémi Rafsandjani.

Procès-spectacle

Des dizaines d'accusés ont également fait des aveux, filmés par la télévision iranienne. Ce « procès-spectacle » a été dénoncé par Mir Hossein Moussavi dès le 2 août :

« De quoi veulent-ils convaincre le peuple avec des aveux qui rappellent des tortures moyenâgeuses.

(…) Ils disent que les enfants de la révolution ont avoué lors du procès de samedi leurs liens avec les ennemis et un plan pour renverser la République islamique.

Tout ce que j'ai entendu, c'est un gémissement qui traduit ce qu'ils ont enduré pendant ces cinquante jours. »

Plusieurs associations de défense des droits de l'homme accusent les autorités iraniennes de tortures et de mauvais traitements, ce dont se défend Téhéran.

Les audiences sont interdites à la presse. Seule les médias officiels sont autorisés. Les accusés encourent jusqu'à cinq ans de prison. Certains risquent la peine de mort.

► Mis à jour le 08/08/2009 à 19h55 suite à la publication du communiqué du Quai d'Orsay.

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