01/02/2008

ISLAM : TOLERANCE

Le frère de Sadia répondra de sa mort

 


Roland Planchar

Mis en ligne le 01/02/2008

La jeune fille avait été tuée

parce qu'elle vivait à l'occidentale

et refusait un mariage forcé au Pakistan.

Frère et père en prison pour ce "crime d'honneur".


Mudusar Sheikh (24 ans) a été capturé. Soulagement pour la démocratie : il va pouvoir être jugé. Car les faits qu'il avait commis, le 22 octobre dernier à Lodelinsart en abattant sa soeur Sadia (20 ans) et en blessant son autre soeur Sarya (18 ans) en raison du refus de la première de se soumettre à des règles musulmanes intégristes ainsi qu'à un mariage forcé au Pakistan, avaient stupéfié la Belgique tout entière.

Car on découvrait que, bien que cela ait paru impensable et que ce soit tout à fait inacceptable,

 la pratique du

 "crime d'honneur",

digne seulement de l'esclavage et de l'obscurantisme, pouvait s'immiscer dans la société moderne.

 D'une façon forcément criminelle qui allait susciter un intérêt particulier du parquet de Charleroi et de la police fédérale, mais pas seulement.

Les amis de Sadia, ses professeurs et le corps social entier s'étaient en effet révoltés contre son sort. Vivant à l'occidentale, promise à la réussite de ses études à la Haute Ecole provinciale de Charleroi (Hepcut), joyeuse malgré les menaces pesant sur elle (et qu'elle n'ignorait pas), amoureuse d'un jeune homme de Charleroi, elle avait su inspirer la sympathie autour d'elle.

 

 Une manifestation avait été organisée et suivie par 1 800 personnes en son souvenir, le 14 novembre sous le slogan :

"Mon mari, je le choisis.

" Slogan qui, en droit belge,

s'applique à toutes les femmes sans exception

et donc aussi aux musulmanes ou

aux Pakistanaises d'origine, comme Sadia.

Retour à Mudusar Sheikh. Comme l'indiquait en premier l'agence Belga, jeudi, c'est mardi que le jeune homme a été interpellé sur le site des Barrages de l'Eau d'Heure, à Froidchapelle, dans un chalet pour touristes du lieudit Plate Taille. Il se trouvait à ce moment en compagnie d'un individu lui-même recherché, Ibrahim Hellalet, de Jumet. Récidiviste du grand banditisme, ce dernier était sous plusieurs mandats d'arrêts et ordonnances de capture pour l'exécution de peines cumulées de treize ans de prison. Le tandem n'a pas opposé de résistance aux forces de l'ordre.

Mudusar Sheikh a été inculpé d'assassinat (la préméditation distinguant ce terme du "simple" meurtre) par le juge d'instruction Ignacio de la Serna, puis a été placé sous mandat d'arrêt et mis au secret. Ceci porte à deux le nombre des suspects arrêtés puisque M. de la Serna avait déjà décidé, après que des écoutes téléphoniques eurent révélé de nouveaux éléments (et son prochain départ vers le Pakistan, après vente de ses biens), d'envoyer en prison Tarik Mahmood Sheikh (58 ans), le père de Sadia. C'était le 30 décembre et son mandat a été confirmé depuis.

Sans préméditation ?

Si, juridiquement, les deux hommes restent présumés innocents, il semble que Mudusar soit passé à des aveux partiels : il reconnaît être l'auteur des coups de feu mais assure que son acte n'était pas prémédité. Ce qui ne correspond, on l'a vu, ni à l'inculpation, ni à l'éventuelle complicité avec son père, ni au fait que l'intéressé portait une arme lors d'une réunion où Sadia avait été "convoquée" à la maison familiale (où elle n'habitait plus), sous prétexte de réconciliation.

Mais tout n'est peut-être pas terminé. Le fait même que le parquet carolo ait retenu le plus possible les informations et n'ait, de toute évidence, pas tout dit semble indiquer que l'enquête pourrait ne pas s'arrêter avec l'arrestation du bras armé...

Les commentaires sont fermés.